Le rôle des briques

Les briques pour les nuls ?

Un aveu de raideur ? Un accessoire pour débutant qu’on abandonnerait avec les progrès ?

Bien au contraire, elles nous accompagnent dans notre pratique. Elles nous renseignent, nous stabilisent, nous parlent si on veut bien écouter. Et plus la pratique s’affine, plus leur usage devient précis.

Deux briques suffisent. Bois, liège ou mousse : le bois est plus exigeant, le liège offre le meilleur équilibre entre stabilité et poids, les mousses sont confortables mais plus limitées.

Rapprocher le sol

Pour certains élèves dans la posture de la demi-lune (Ardha Chandrāsana), l’utilisation d’une brique permet de placer le corps horizontalement. La colonne s’allonge au lieu de s’effondrer, la poitrine et le bassin tournent au lieu de tomber. La posture respire.

Un instrument d’intelligence

Placée sous le sacrum, entre les cuisses, sous la tête ou dans les mains, la brique enseigne. Elle donne au corps un point de référence tangible, une résistance, un appui, une hauteur, là où l’instruction verbale reste abstraite. Serrer une brique entre les cuisses dans Sarvāṅgāsana ou Tāḍāsana dit plus sur le travail des jambes que dix minutes d’explication. Le support introduit dans le corps une information que le mental seul ne peut transmettre.

Le support comme pédagogie

Cet usage raisonné des supports est un héritage de B.K.S. Iyengar, qui en a fait un art à part entière. La brique calme, dissout l’agitation, et c’est dans cette durée tranquille que l’observation devient possible. Le support ne remplace pas l’effort, il l’encourage.

Ce que dit le sanskrit

Le sanskrit nomme ādhāra ce qui soutient ; le même mot qui nomme la racine du corps subtil, mūlādhāra, le support-racine. Le support n’est donc pas périphérique au yoga : il en est le fondement, ce qui rend la verticalité possible.

Un autre terme éclaire la pratique : ālambana, le support au sens de ce sur quoi l’esprit prend appui. C’est le mot de Patañjali pour l’objet de la méditation. Le corps s’appuie sur la brique comme la conscience s’appuie sur son objet.

Le front sur la brique

En récupération après Sarvāṅgāsana, le front posé sur une brique fait exactement cela. Le contact apaise immédiatement : les yeux se retirent, le cerveau frontal se dépose, l’agitation résiduelle se dissout. La brique devient littéralement le support de l’intériorisation. Le corps s’appuie, la conscience se rassemble. Le support matériel et le support méditatif se rejoignent.

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